‘Livre des poisons’ / ‘Libro de los venenos’ en francés, traducido por JEAN-YVES BÉRIOU y MARTINE JOULIA

"Livre des poisons"

“Livre des poisons”

‘Livre des poisons’:
Corruption et fable du sixième de Pédacius Dioscoride et Andrés de Laguna, sur les poisons mortifères et les bêtes sauvages qui crachent le venin (Broché).

Autor: ANTONIO GAMONEDA
Traduction: JEAN-YVES BÉRIOU, MARTINE JOULIA
[Con prólogo de ILDEFONSO RODRÍGUEZ]
Actes Sud Nature. Hors collection,
Septembre, 2009, 240 pages, ISBN 978-2-7427-8660-2

FRAGMENTOS:

De la salamandre 

Si quelqu’un a mangé de la salamandre, il s’ensuit une inflammation de langue; l’entendement et la parole sont empêchés; un tremblement lui survient avec un endormissement des membres, frissons et faiblesse. En outre, certaines parties du corps deviennent livides, et souvent, le poison y demeurant longuement, toutes pourries tombent en pièces. Après avoir remédié par les mêmes médicaments que nous avons dit contre les cantharides, on baillera de la résine de pin ou du galbanum avec du miel sous forme de looch, des feuilles d’orties, aussi, cuites en huile avec des lys. Les œufs de la tortue de terre ou de mer cuits sont profitables également, item le bouillon de grenouilles, avec lesquelles on aura fait cuire la racine du chardon roulant.

Le galbanum est la gomme blanche d’une plante odorante qui, jetée dans le feu, met en fuite les serpents; au reste, elle attire au dehors la matière infectieuse, amollit les phlegmons et tire de l’utérus les fœtus morts ainsi que le délivre de la mère. Les tortues terrestres naissent dans les déserts, engendrées par la rosée; adultes, elles deviennent folles de luxure. Les tortues de mer ou galapagos ronflent en dormant sur les eaux et couvent leurs œufs rien qu’à les regarder.

Par la forme, la salamandre ressemble au lézard, à ceci près qu’elle a le ventre plus large, la tête très aplatie et le cuir tout moucheté d’étoiles. Sa complexion est si froide que, jetée dans le feu, s’il est maigre, elle l’éteint, ni plus ni moins que la neige ou la glace, d’où les hommes en sont venus à croire que la salamandre résistait aux flammes et s’en nourrissait, ce qui est faux, car on sait par expérience que si on la retient longtemps sur les braises, à la fin elle meurt et brûle.

      La salamandre est mortelle non seulement mangée ou bue, mais aussi lorsqu’elle mord, comme les autres serpents vénéneux. Sa salive est si virulente et maligne qu’à son contact toute partie dénudée perd ses poils et se couvre de taches blanches comme celles de la lèpre. La salamandre est si pernicieuse qu’il lui suffit de grimper sur un arbre pour en infecter tous les fruits, de telle sorte que quiconque en mange trépasse sur le champ ; aussi son venin est-il tenu pour populaire, puisqu’elle empoisonne non seulement les fruits, mais aussi les eaux en tombant dans les sources et les puits, causant ainsi la perdition du peuple. Il est écrit qu’une famille tout entière mourut d’avoir mangé du pain cuit dans un four qu’on avait chauffé avec du bois infecté par cet animal pestifère.

      On traitera les maux provoqués par la salamandre avec les remèdes qu’on administre contre l’opium et contre n’importe quel poison froid. En effet, lorsque Dioscoride prescrit de la résine à lécher, une fois épuisées toutes les mesures qu’on prend d’ordinaire contre les cantharides, il entend qu’après les universels, la vertu vitale ayant été confortée avec les antidotes communs, on baille les remèdes particuliers et propres à résoudre une telle froideur vénéneuse, à savoir la résine de pin et le galbanum. Les salamandres abondent en Istrie et en Slavonie.  

De Thrace, où elles sont noires et violentes, Décénée, prêtre, m’envoya dans un pot humide une salamandre qu’on avait nourrie de vers et de mouches pendant le voyage; une seconde aussi, décapitée, dont le corps avait été conservé dans le miel.

      «Quinze nuits durant, je mis l’animal vivant sur la peau d’Ara, arménien de seize ans, nu et mains liées, enveloppé dans un sac de chanvre avec la salamandre. L’homme n’en fut pas incommodé bien que la substance de l’animal apparût certains matins sur ses lèvres.

      «Je pris les cendres de l’animal conservé dans le miel et les mêlai à de l’huile de jusquiame pour en préserver la froideur. De cette mixture, je résolus que l’Arménien prendrait jusqu’à six fois en six jours; je vis alors son corps bleuir comme lait corrompu, et m’aperçus qu’il avait perdu tous ses cheveux.

      «Je laissai passer autant de temps jusqu’à ce que, mu par la pitié, je le fis mourir par le fer, car, pris d’une lèpre livide, il vivait encore bien que ses yeux et son membre se fussent desséchés.

«Je ne crois pas que la première salamandre ait manqué de vertu, mais plutôt qu’étant d’une espèce fuyarde qui vit dans le silence, les pleurs l’avaient apeurée.»

ANTONIO GAMONEDA
(“Livre des poisons” / “Libro de los venenos”)
Traduction: JEAN-YVES BÉRIOU, MARTINE JOULIA
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